23 décembre 2009
! Bonnes fêtes et Joyeux Noël !

Et oui ! comme tout le monde, je suis prise par la préparation des fêtes !
Et... peut-être comme un peu moins de monde,
je suis exaspérée par la dimension commerciale de cette période festive.
Mais tant pis, je fais comme je peux.
Entre écriture, vacances des enfants et grognements,
j'essaie de trouver un cadeau pour chacun,
en pensant aux goûts et aux attentes...
sans toutefois me prendre pour la Mère Noël !
mangez bonbons et chocolats. Commencez à préparer vos vœux en cette fin d'année 2009, pour que joie, plaisir et santé soient toujours au rendez-vous en l'an 2010 !
17 décembre 2009
Nouvelles du concours Nouveaux Auteurs Femme Actuelle
Et voilà, le concours est clos ! Voici ce que nous pouvons trouver comme information sur le site internet des Nouveaux Auteurs :
"Bonjour. Les inscriptions sont closes. UN GRAND MERCI AUX 600 AUTEURS INSCRITS !
Le tri des manuscrits et le vote du comité de lecture peuvent maintenant commencer.
RESULTATS ET LANCEMENT DES 1ers ROMANS PRIMES A PARTIR DU MOIS DE MAI 2010"
J'ai lu sur le site que sur 550 participants l'année dernière, 50 seulement étaient sélectionnés pour une évaluation ! Il faudra donc attendre, dans un premier temps, de voir si nous faisons partis des sélectionnés pour une lecture citoyenne !
Vous avez des questions ? Allez faire un tour sur le site, vous y trouverez par exemple :
QU'EST CE QUE JE GAGNE ? (oui, c'est vrai ! Que gagnons-nous, nous les auteurs inconnus ?)
Les romans des 2 gagnants sont lancés comme "Roman de l'été 2010" et "Prix Spécial THRILLER" dès le mois de mai 2010 dans la France entière, la Suisse, la Belgique et le Canada (Québec). (oui, je suis d'accord, c'est énorme !)2 auteurs supplémentaires (Les 2 "Coups de Coeur" : ), (donc une chance en plus !) sont lancés en juin 2010, également sur tous les réseaux. (toujours aussi énorme !!!)
Selon la qualité des manuscrits reçus, comme en 2008 et en 2009, il pourra éventuellement être proposé a une liste plus large d'auteurs un contrat d'édition à compte d'éditeur.
LE JURY CITOYEN (kesako ? Allez-y, et si je suis sélectionnée, lisez mon roman !!!)
Vous n’êtes pas auteur mais vous voulez faire partie du jury Citoyen ? Vous pouvez encore vous inscrire.
attendez, vous en êtes à cette ligne sans vous être inscrit pour faire parti du jury ??? c'est quoi cette histoire ? Allez ! Hop, hop, hop, on retourne cliquer ci-dessus !
En attendant, pour ceux qui le souhaitent et qui n'auraient pas écouté l'émission sur Flaubert dans Humeur Vagabonde sur France Inter hier, foncez, elle est géniale !
(pour écouter : cliquez sur la photo de Kathleen Evin)
L’Humeur Vagabonde
présentation
L’Humeur Vagabonde, une émission ouverte à l’inattendu, l’insolite, aux bonheurs des lectures, de spectacles ou de rencontres avec celles et ceux que la passion et le talent habitent.
Kathleen accueille ces voix différentes, celles d’hommes et de femmes qui prennent le temps de nous raconter leurs histoires, leurs parcours, leurs rêves et leurs folies.
Architectes, écrivains, cuisiniers, gens de théâtre, essayistes, biographes, musiciens ou chanteurs, d’ici et d’ailleurs, connus ou pas tant que ça, mais tous avec ce quelque chose qui fait leur originalité dans une société dévorée par le conformisme… : ils sont chez eux dans l’Humeur Vagabonde.
Le générique de l'émission :
Craig Armstrong
finding beauty
selection musiques FIP, Wagram
aux micros, aux manettes...
- Producteur / Productrice : Kathleen Evin
- Réalisation : Juliette Goux
- Attaché(e)(s) de production : Martine Abat et Claire Teisseire
Reportage : Caroline Ostermann, Sophie Joubert, Martine Abat et Julien Cernobori - Programmation musicale : Djubaka
- photo © Christophe Abramowitz
16 décembre 2009
INSCRIPTIONS ATELIER D'ECRITURE A L'ATELIER DES ARTS
"OSER ECRIRE"
A L’ATELIER
DES ARTS D’ANDRÉZIEUX-BOUTHÉON
Les ateliers d’écriture sont accessibles à tous ceux qui écrivent déjà,
à ceux qui n'ont jamais écrit, à ceux qui pensent ne jamais pouvoir le faire ou
qui sont plus ou moins bloqués.
Public
adulte :
lundi de 18h30 à
20h30
jeudi de 14h00 à
16h00
Public ado (plus
de 14 ans) :
Mercredi de 14h00 à
15h30
Mercredi de 15h30 à
17h00
inscription : office de tourisme d'Andrézieux-Bouthéon : 04 77 55 37 03
tarif : 6€ la séance payable au trimestre.
Penser à apporter
stylo, feuilles ou ordinateur portable. Groupe de 8 à 10 participants maximum. D’autres
horaires pourront être définis si les places venaient à manquer, voire des stages en période de vacances et/ou en week-end.
Vous souhaitez prendre du plaisir à écrire,
pour vous-même, pour vos proches, pour des lecteurs ?
L’atelier d’écriture de l’Atelier des Arts
d’Andrézieux-Bouthéon est un espace privilégié où l’on écrit pour le plaisir.
On part à la découverte de sa singularité d’écriture avec d’autres personnes.
On écrit à partir de consignes, on lit un texte sur lequel on échange dans le
respect et la confiance mutuelle, on écoute l’autre. Il n’est pas nécessaire
d’avoir déjà écrit. Il suffit d’avoir le désir et la nécessité intime d’écrire.
Les échanges permettent la stimulation et l’enrichissement de tous.
Vous souhaitez coucher sur papier vos émotions
mais aussi apprendre ce qu’est le travail d’un auteur ?
L’atelier d’écriture de l’Atelier des Arts a pour vocation
de permettre à chacun des participants d’exprimer les trésors de créativité
insoupçonnés qu’il détient, parfois à son insu. Ecrire, c’est être comme un
constructeur et un chercheur. On créer une histoire à partir de ce que l’on est
(fictive, autobiographique, professionnelle…) et à partir de ce que l’on
recherche. On fouille, on traque l’information – en soi ou extérieure à soi - pour
se l’approprier, la digérer et la rendre lisible au lecteur.
Vous souhaitez publier vos œuvres
L'atelier d’écriture est un espace public et publier
consiste tout simplement à lire à voix
haute le texte que l'on vient d'écrire, à susciter des réactions dans
l'assemblée présente. Mais la publication pourra se faire aussi par le biais de
pages diffusées sur le réseau Internet : création d’un blog personnel ou d’un
site gratuit dédié à l’atelier où le travail de chacun pourra apparaître.
Vous aimez
écrire ? Vous vous sentez créateur d’histoires ?
Alors cet atelier est fait pour vous.
Public adulte : Vous trouverez au sein de l’atelier
d’écriture « oser écrire » le plaisir d’écrire, d’être surpris
par vos écrits, de produire des textes en expérimentant des propositions
variées, en affirmant votre voix grâce à un espace à explorer
proposé par l’animateur.
L’objectif ? vous
permettre d’explorer et d’approfondir votre expérience de l’écriture en liberté
et en confiance.
Public adolescent : si vous êtes désireux d’expérimenter, de pratiquer l’écriture créative hors
cadre scolaire et dans une dynamique de groupe, vous trouverez au sein de
l’atelier d’écriture « oser écrire » des astuces et des jeux
anti-page blanche, la façon dont vous pourrez créer un personnage, des décors,
des ambiances, l’initiation au dialogue et l’entraînement de l’écriture au
quotidien.
L’objectif ? vous permettre de
découvrir une pratique de l’écriture détachée des attentes scolaires et
d’explorer ou d’approfondir votre expérience de l’écriture en liberté, en
confiance et de manière ludique
10 décembre 2009
ARTICLE DANS LA TRIBUNE LE PROGRES DU 10/12/09
Oui, je suis d'accord, la photo n'est pas très claire ! Voici le contenu de l'interview :
« Écrire en groupe
pour privilégier l’imaginaire de chacun »
Florence Dell'Aiera-Morey animera l’atelier d'écriture pour adultes et d'adolescents « Oser Écrire » à l’atelier des Arts à partir du 4 janvier prochain.
Quelle est la place de l'écriture dans votre vie ?
J'ai toujours écris, même lorsque j’étais salariée. Mais depuis septembre 2009 je me consacre entièrement à l'écriture. J'écris des fictions, et dernièrement un roman fantastique jeunesse « Catharsis ». J’ai décidée de me lancer à plein temps pour mettre toutes les chances de mon côté et trouver un éditeur.
Quel sera l'objectif de « Oser Écrire » ?
Le point de départ sera d’apporter des outils techniques d’écriture : savoir écrire un dialogue, décrire un lieu, créer un personnage et le faire vivre… Il faudra inventer une intrigue dans le registre du Fantasy, du fantastique (groupe adolescents) ou du thriller et chaque histoire se déclinera en fonction de l'imaginaire de chacun. Bien sûr je m’adapterai aux demandes du groupe. Le but final sera de créer un recueil de nouvelles des participants, publié sur Internet ou en version papier si possible.
Comment allez-vous animer l'atelier ?
Quand on écrit, il y a toujours
un peu de soi. Mon rôle sera d'animer cet atelier dans la bienveillance,
d’aider le participant à fournir un travail individuel en interaction avec le
groupe.
AFFICHES PRETES A POSER
En espérant que vous viendrez nombreux pour ces premiers ateliers.
AU PROGRAMME
découverte de la construction d'un personnage, des dialogues, des lieux, des ambiances...
Ecriture, pour ceux qui le souhaitent, d'une nouvelle fantastique, fantasy ou thriller
Comment structurer son propos, créer le squelette de l'histoire...
Mais aussi, plaisir de l'écriture individuelle,
de la découverte de son propre style et,
dans tous les cas, (là aussi, pour ceux qui le souhaitent)
publication sur un site internet
dédié à l'atelier voire publication format papier avant le début de l'été 2010.
A bientôt. Faites vite, les places sont limitées !
02 décembre 2009
LINUX et L'EDITION ! encore une fois, MERCI MARC AUTRET
Vous êtes comme moi : vous travaillez sous LINUX ! Vous vous sentez seul dès qu'il s'agit de passer à l'action, du style : vous voulez créer votre propre maquette ? Et bien voici ce que Marc Autret vous propose : SCRIBUS.
A lire sur http://marcautret.free.fr
"L’omission du « parc Linux » dans les rubriques logicielles de 150 questions sur l’édition est en effet regrettable, et regrettée. Mais, n’étant pas encore un utilisateur aguerri de ce système d’exploitation — j’y travaille, j’y travaille — je ne me sentais pas la légitimité de présenter des logiciels que je découvrais à peine lors de la rédaction du guide.
Voici en tout cas la piste à connaître pour réaliser sous Linux des maquettes de qualité pro : Scribus, un logiciel libre parfaitement comparable aux ténors de la typographie sous Mac/PC (InDesign et XPress).
Listons quelques-unes de ses vertus : l’intégration graphique et typographique complète du fameux format SVG (Scalable Vector Graphics) aux polices OpenType (pourvu que le système les supporte !) ; la gestion de documents en mode multicalques (une innovation qu’Adobe avait introduite dans InDesign) ; la gestion des profils CMJN (indispensable en pré-presse) ; l’import-export OpenOffice et, bien sûr, l’export PDF (avec intégration de commandes JavaScript).
Enfin, Scribus supporte le langage Python, ce qui lui constitue un immense atout en matière d’automatisation de tâches (matière dans laquelle, soit dit en passant, XPress et InDesign sont restés bien poltrons).

L’inconvénient de Scribus est conjoncturel : trop peu de fonderies développent pour Linux, ce qui conduit les paoistes à télécharger et utiliser de la camelote à la sauce TrueType, d’où une typographie manquant de solidité formelle et de diversité."
Allez voir sur :
Site officiel Scribus Mode d’emploi en VF rédigé par Yves Ceccone Topo de Framasoft pour se faire une idée
LinuxGraphic, portail pour graphistes linuxiens
QUESTIONNEMENTS SUR UN PREMIER ROMAN EN AUTOEDITION
Suite à mes tergiversations sur ma participation et donc l'impression du roman CATHARSIS en autoédition, voici ce que j'ai trouvé sur le site de l'OIE PLATE. Peut-être cela répondra-t-il à certaines de vos questions ? Je vous laisse en prendre connaissance. Pour ma part... Eh bien ! je garde cette éventualité pour la dernière seconde ! Mais, sincèrement, je trouve que c'est assez rassurant pour un début en solo.
Inconvénient et avantages de l’autoédition
Pour les éditeurs et les écrivains professionnels, l’autoédition et l’édition à C/A commettent une faute déontologique. Ils mettent sur le marché des textes qui n’ont pas été choisis par les tiers validant que sont les directeurs littéraires et les lecteurs des comités.
Si cela peut se comprendre pour l’essentiel de la littérature, ça l’est moins pour certaines niches ciblant de micro-marchés : la poésie ou le théâtre, l’histoire locale, le livre d’érudition… Les refus s’effectuent plus sur des critères économiques que sur la qualité des textes.
Dans le cas de certains ouvrages pratiques dont les publics sont clairement identifiables ou lorsque les auteurs disposent personnellement d’un réseau de diffusion (associatif, en entreprise …), pourquoi céder ses droits pour recevoir 8 à 10 % du prix de vente alors qu’on peut en toucher 30 à 50 % en publiant soi-même. La dessinatrice Claire Bretecher a autoédité ses albums durant plusieurs décennies. Elle en a retiré des profits d’autant plus substantiels qu’elle disposait d’une mise en place nationale en librairie. Elle avait un contrat avec un gros distributeur de livres.
Cela dit, si les grandes réussites sont rares dans l’autoédition, les échecs complets aussi. C’est ce qui la différencie des arnaques du C/A où d’habiles commerçants font miroiter le succès aux naïfs alors que la mévente sera quasi certaine. *
Dans le passé, des auteurs prestigieux ont débuté par l’autoédition ou le compte d’auteur. C’est toujours vrai aujourd’hui dans la mesure où l’on considère que le métier d’auteur est un métier en devenir et que la fonction de publication onéreuse permet à l’écrivain d’évacuer le terrain du littéraire (cas de l’auteur velléitaire) ou de libérer et faire progresser la créativité future de l’auteur de fond.
L’Association des auteurs autoédités (AAA) a compté parmi ses membres quelques auteurs à succès tels qu’André Soubiran, Jean Durand et Jean Guenot.
Il arrive que l’auteur-éditeur, après s’être fait plaisir, et avoir découvert le métier, se transforme en véritable éditeur… parfois en prestataire honnête ou abusif. L’expérience individualiste initiale génère de petites entreprises éphémères mais pas toujours. Citons le cas de l’auteur Eric Caboussat qui, après une autoédition, a créé Cabédita, une maison importante en Suisse romande.
01 décembre 2009
des nouvelles de L'INREES
Voici l'une des prochaines conférences de l'INREES avec Fabrice Midal Docteur en philosophie, artiste, et enseignant la photographie à
l’Université Paris VIII. Il est l'auteur de nombreux ouvrages
sur la spiritualité : Quel bouddhisme pour l’Occident ? (Seuil, 2006),
Trungpa, une biographie (Seuil, 2002) ou encore Risquer la liberté
(Seuil, 2009).
Il est également le biographe de Chogyam Trungpa Rinpoché, lama tibétain qui fonda aux Etats-Unis, dans le milieu des années 70, l’Institut Naropa, un lieu de rencontre entre la connaissance millénaire du bouddhisme tibétain et la psychologie occidentale. Il pratique la voie du Bouddha telle qu’elle fut transmise par Chogyam Trungpa Rinpoché depuis près de vingt ans et enseigne selon cette perspective depuis plus de dix ans. Sa recherche d’une parole toujours neuve, qui pointe au cœur de l’expérience vivante, fait la force de son enseignement.
Le Livre des morts tibétain
Fabrice Midal nous explique l’un des textes les plus profonds et secrets de la tradition du bouddhisme
Le Livre des morts tibétain (Bardo Thödol) est l’un des textes
les plus profonds et secrets de la tradition du bouddhisme tantrique
tel qu’il s’est développé au Tibet. De quoi parle ce livre ? Des
moments les plus intenses de notre expérience, où savoir si ce que nous
vivons est la réalité ou bien le résultat de nos projections devient
indécidable. Est-ce lui, qui est énervant et me fait bouillir de rage,
où est-ce seulement moi qui suit énervé ? Dans un jeu qui n’est pas
sans folie, réalité et projection se renforcent mutuellement et
opacifient tout. Nous sommes très souvent le jouet de nos émotions, de
nos peurs, de nos désirs. Nous nous trompons beaucoup sur ce qu’est le
réel. Nous nous faisons des films…
C’est un choc profond. Notre esprit est infiniment plus étonnant que
nous ne le pensons. Il semble créer le monde, et même les mondes, où
nous vivons.
|
Bien plus que de parler de la vie après la
mort, le Livre des morts tibétain parle de la manière dont nous passons
ici et maintenant, tous, au travers de divers mondes – qui se
répartissent traditionnellement en six : les enfers, les esprits
faméliques, les animaux, les hommes, les déités jalouses et
courroucées, les dieux bienheureux. Mais au fond, ces six mondes sont à
l’image de notre expérience la plus intime, notement lorsque nous
sommes pris par des moments d’incertitude où l’espace se déchire,
s’ouvre et parfois nous effraie. Et nous errons d’un monde à l’autre.
Cet enseignement n’est pas ésotérique au sens habituel du terme. Il est
à la portée de chacun de nous. Il nous concerne au plus vif de notre
expérience, par delà nos rêves et nos peurs, par delà la logique trop
étroite du moi-moi-même-et-encore moi qui cherche partout le plaisir
sans la moindre intelligence. Or cette quête d’une sécurité bien
confortable, organisé selon un point de vue centralisé, dominant, sûr
de lui, nous emprisonne dans la folie des six mondes. Ces enseignements
qui ne sont pas secrets comme on pourrait l’entendre trop rapidement,
nous désarçonnent, nous mettent à nu, nous irritent, parce qu’ils
cherchent la faille où le jour peut se montrer.
![]() Fabrice Midal |
Le bouddhisme tibétain m’a toujours bouleversé et je m’y suis engagé il
y a, maintenant plus de vingt ans. Nombre de mes amis me racontent les
voyages formidables qu’ils ont fait, les pays qu’ils ont visités. Pour
moi, qui suis souvent parti en retraite solitaire et dirige des
retraites de méditation, la plus grande aventure possible est celle qui
consiste à se confronter à son esprit, à voir en face ce que nous
sommes, à comprendre ce qui fait le jeu de la réalité, à
court-circuiter nos propres conformismes pour entrer dans l’immensité
de l’amour. Mais je n’aurais rien compris du bouddhisme tibétain sans
Chögyam Trungpa qui fut le grand pionnier, le premier à croire possible
de passer le flambeau de la tradition bouddhique en Occident, et ce à
la fin des années soixante. Je suis tombé amoureux fou de Chögyam
Trungpa, de sa manière de rappeler que la Voie du Bouddha est d’abord
une provocation, un retournement complet et en aucun cas un conformisme
de plus. Enfin, une parole me parlait parce qu’elle osait tout
reprendre à partir de l’expérience la plus directe et la plus nue.
Fabrice Midal.
Découvrir la prochaine conférence - L'extraordinaire chez les tibétains
30 novembre 2009
des coquilles, toujours des coquilles !
Surtout, ne faites pas attention aux petits bugs informatiques ! Les mots à la ligne, les changements de couleurs... bref, toutes ces petites choses qui n'ont rien à faire dans le texte ne sont pas de mon fait. C'est là que Calaméo intervient, bien plus facile pour le lecteur comme pour moi. Vous pourrez lire d'ici quelques jours les trois premiers chapitres du livre sur CALAMEOOOOOO !
Comme promis, les premières lignes d'AL QUODS OU LE LIVRE DEFENDU.
Vous pourrez bientôt retrouver le manuscrit en ligne sur CALAMEO. En attendant, en voici un morceau.
AL
QUODS
ou le Livre Défendu
" Tous les êtres humains trébuchent un jour sur la
vérité. La plupart se relèvent rapidement, secouent leurs vêtements et
retournent à leurs occupations, comme si de rien n'était. "
Winston Churchill
Prologue
Région de la
Mer Morte
— Mon jeune ami, c’est à
toi qu’il revient de cacher les enseignements de notre Frère. Notre Frère l’a
ainsi décidé.
Josué écoutait les
paroles de Jacques, frère de Simon et fils de Juda. Assis sur le promontoire
rocheux dominant le wadi[1], il en mesurait toutes les conséquences. Le ciel était
limpide.
Il était le plus jeune
et les règles de la communauté étaient strictes. Seul le plus jeune apprenti,
lorsque les temps seraient venus, devrait partir et celer à tout jamais les
paroles du Frère. Nul autre que Lui ne l’accompagnerait lors du voyage. Et il
ne reviendrait plus. Le secret des mots resterait éloigné du cœur des hommes
jusqu’à l’accomplissement des temps.
— Mais mon Maître,
dit-il, comment vais-je savoir que je fais bien ? N’y a-t-il aucune autre
solution ?
— Aie confiance en toi.
Aie confiance en Lui. Il ne t’abandonnera pas.
Ils restèrent un long
moment en silence. Josué avait toujours redouté cet instant. Non pas qu’il
doutât de ses capacités à mener à bien sa mission, mais il allait lui falloir
mener une vie d’ermite, de mendiant, jusqu’à la fin. Quitter sa famille lui
brisait le cœur.
Il avait compris que le
moment fatidique n’était plus très loin. Les forces de Bélial opprimaient son
peuple jusqu’au sang et souillaient sa terre. Le Temple n’était plus.
L’aristocratie des siens était corrompue et asservie. Minée par des visées
politiques et temporelles, elle en avait même oublié son origine divine,
pactisé avec les ténèbres et délaissé son Dieu.
— Dois-je partir
maintenant ? murmura Josué.
— Nul ne doit connaître
l’heure de ton départ, car l’ennemi est aussi parmi nous. Fais-toi aussi
discret que la rosée du matin. Fuis les villes car l’Imposteur ne sera jamais
bien loin. Tôt ou tard il apprendra ton départ et nul endroit sur la terre ne
sera alors un refuge sûr. Va mon fils et ne te retourne pas.
Josué sentit une lame
de fond le submerger. Les pas de son maître résonnaient sur le chemin tortueux.
Il ne reverrait plus ces falaises, ce bout de terre désolée où enfin il avait
compris son essence divine et qui était son véritable père.
Les hommes n’étaient
pas prêts à recevoir l’enseignement du Frère.
Il marcha de longs
jours, évitant les villages et préférant les contreforts rocheux des wadi. Sa barbe était grande et ses
sandales usées.
La nuit, il dormait peu
et priait beaucoup. Il n'avait pas peur, mais ses frères lui manquaient.
Il savait que le chemin
serait encore long, très long, et que sa foi seule lui permettrait d’en
atteindre le terme.
Le soleil avait
parcouru une année entière lorsque Josué mourut au carrefour des Deux Vents,
près du lac Maréotis.
Il se trouva qu'un
vieil homme dont l'habitation n'était pas trop éloignée du lac découvrit son
corps décharné. Il portait un épais manteau de peau velue. Il se pencha sur le
corps et se mit à prier.
Malgré son extrême
vieillesse, il réussit à le tirer et le dissimula sous un groupe de buissons
épineux.
Puis il s'en alla d'un
pas lent rejoindre sa secte. La secte des Thérapeutes. À la tombée de la nuit,
il revint avec une poignée d'hommes. Ils enveloppèrent le corps dans un linceul
de lin blanc et quatre d'entre eux le soulevèrent.
Ils marchèrent en
silence dans la nuit froide et ne s'arrêtèrent que pour que les muscles
endoloris du vieil homme se reposent.
Le lendemain, les
hommes et les femmes de la communauté se rassemblèrent pour prier. On était le
septième jour de la semaine. Le vieil homme n'avait pas dormi. Il avait lu les
manuscrits enfermés dans leur écrin de cuir et conservés sous la chemise de
l’homme, mort les mains crispées dessus.
Alors le vieil homme
s'avança pour prendre la parole. Son regard était ferme. Les frères étaient
assis par rang d'âge, dans une attitude pieuse, gardant leurs mains sous leurs
vêtements, la droite entre la poitrine et le menton, et la gauche tombant le
long du côté.
Le vieil homme entama
le récit d'une voix forte, tandis qu'il était assis à l'entrée de la tente, au
plus chaud du jour :
« YHWH se révéla à lui dans les plaines de Mamré,
tandis qu'il était assis à l'entrée de sa tente, pendant la chaleur du jour.
Comme il levait les yeux et regardait, il vit trois personnages debout prés de
lui. En les voyant, il courut à eux du seuil de la tente et se prosterna contre
terre. Et il dit: "Seigneur, si j'ai trouvé grâce à tes yeux, ne passe pas
ainsi devant ton serviteur! Qu'on aille quérir un peu d'eau; lavez vos pieds et
reposez-vous sous cet arbre. Je vais apporter une tranche de pain, vous
réparerez vos forces, puis vous poursuivrez votre chemin, puisque aussi bien
vous avez passé près de votre serviteur." Ils répondirent: "Fais
ainsi que tu as dit". Abraham rentra en hâte dans sa tente, vers Sara et
dit: "Vite, prends trois mesures de farine de pur froment, pétris-la et
fais-en des gâteaux." Puis, Abraham courut au troupeau, choisit un veau
tendre et gras et le donna au serviteur, qui se hâta de l'accommoder. Il prit
de la crème et du lait, puis le veau qu'on avait préparé et le leur servit: il
se tenait devant eux, sous l'arbre, tandis qu'ils mangeaient. Ils lui dirent:
"Où est Sara, ta femme?" Il répondit: "Elle est dans la tente."
L'un d'eux reprit: "Certes, je reviendrai à toi à pareille époque et
voici, un fils sera né à Sara, ton épouse." Or, Sara l'entendait à
l'entrée de la tente qui se trouvait derrière lui. Abraham et Sara étaient
vieux, avancés dans la vie; le tribut périodique des femmes avait cessé pour
Sara. Sara rit en elle-même disant: "Flétrie par l'âge, ce bonheur me
serait réservé! Et mon époux est un vieillard!" YHWH dit à Abraham:
"Pourquoi Sara a-t-elle ri, disant: ’Eh quoi ! en vérité, j'enfanterais,
âgée que je suis !’ Est-il rien d'impossible à YHWH ? Au temps fixé, à pareille
époque, je te visiterai et Sara sera mère". Sara protesta, en disant:
"Je n'ai point ri"; car elle avait peur. II répondit "Non pas,
tu as ri." »
De l'autre côté de la
cloison, le groupe de femmes écoutait le vieil homme en silence et avec
déférence.
« Si l’homme a
parcouru un si long chemin pour venir jusqu'à nous, et s'éteindre sur nos
terres, il ne faut pas y voir un hasard, mais bien un signe de Dieu. Car rien
dans Ses desseins n'est le fruit du hasard, comme il en a été pour Sara et
Abraham. » Le vieil homme parlait lentement, sans effet. Les frères
semblaient ne plus respirer et fixaient leurs regards sur lui en conservant une
seule et même attitude.
« Mes
frères, reprit-il, les écrits de son maître sont justes. Rien ne m'a empli de
plus de joie que de lire ces enseignements depuis que je suis rentré dans la
communauté. Chaque ligne est inondée de lumière et chaque mot contient le
Verbe. »
Ces hommes vénéraient
le chiffre sept et son carré, parce qu'ils le savaient pur et toujours vierge.
Il se trouvait aussi correspondre à la veille de la plus grande fête, qui
échoyait au nombre cinquante, le nombre le plus saint et le plus conforme à la
nature : car il était le carré du triangle rectangle, principe générateur de
l'univers.
Et le corps de Josué
avait été retrouvé la veille de la grande fête.
PREMIERE PARTIE
1
New York – Mercredi 5
février 2010 - 8h00 du matin
John Paterson courait. Non pas par plaisir,
mais parce que son cardiologue le lui avait conseillé. À cette heure matinale,
Central Park était vide. Le froid persistant des dernières semaines avait glacé
la patinoire Wollman Rink. John Paterson la contourna et prit une contre-allée.
Il déboucha sur le Bow Bridge, s’arrêta et reprit son souffle. Le vent était
sec, piquant. Il releva la tête et aperçut le Belvédère qui dominait la 79ème
rue, l’une des quatre voies reliant l’est et l’ouest dans Central Park. Cette
construction romantique ressemblait à un petit château fortifié mâtiné d’art
chinois. Un peu plus loin se détachaient les Beresford Apartments, tours
d’inspiration baroque implantées dans l’un des rares endroits de Manhattan
ayant deux vues dégagées. Un de ses amis de longue date avait résidé au trente-deuxième
étage et lui avait dit que le prix des appartements augmentait conjointement avec
la hauteur. New York était avant tout un archipel et son centre névralgique,
Manhattan, son île principale. Ses habitants l’oubliaient fréquemment. Et cette
particularité avait façonné la ville qui, contrairement à d’autres, s’était
étirée en hauteur et avait donné lieu au début du vingtième siècle à une lutte
architecturale vertigineuse. Ce fut à qui construirait le plus grand building.
Et c’était ça qui donnait l’âme de New York. C’était ça qu’aimait John
Paterson. Reculer les limites du possible. Entrevoir d’autres possibles. Ne pas
être configuré par un système unique. Il reprit son jogging et regagna sa
voiture à petites foulées, à quelques encablures de Madison Avenue.
Il roulait déjà depuis une trentaine de minutes
lorsqu’il déboucha à l’angle de Broadway Avenue et de Chambers Street. L’ombre
du Municipal Building et de Civic Fame se projetait au-delà des bas immeubles
et empêchait le soleil levant d’irradier les rues avoisinantes. Il parcourut
les quelques mètres le séparant de l’East River et s’engagea sur le pont de
Brooklyn. Le poste de radio émettait une musique lancinante qui le plongea dans
une douce torpeur.
Depuis quelques mois, il n’avait pas eu le
temps de prendre son temps. Tout était allé très vite. D’abord sa rencontre
avec le professeur Eléas Stern. Ensuite leur recherche conjointe qui les avait
amenés à se couper du monde réel et à vivre dans le désert au milieu d’une
tribu de Bédouins. Puis son attaque cardiaque qui l’avait précipité au bord du
gouffre et l’avait conduit loin du professeur, loin de Jérusalem.
Le cœur de John Paterson se serra une demi-seconde
puis une sensation d’apaisement suivit. Il porta une main à hauteur de
poitrine. Comment était-il possible qu’il ait encore ces pics ?
La dernière fois qu’il avait vu le professeur
Stern, c’était à l’hôtel Sheraton de Jérusalem où ils avaient dîné sur le
pouce. C’était juste avant qu’ils ne montent dans la chambre de John.
— Alors ? lui avait-il demandé.
Le professeur Stern avait longuement réfléchi
et s’était planté devant la longue baie vitrée d’où on pouvait apercevoir le « triangle
du diable. » C’était ainsi qu’il nommait le triptyque imbriquant le Dôme
du Rocher, la mosquée Al Qods[2]
et le mur des Lamentations, dernier vestige du Temple de Jérusalem.
— J’ai réussi, avait proclamé Eléas en se retournant.
John Paterson n’en n’avait pas cru ses oreilles.
— Mais comment ? s’était-il exclamé.
— Durant votre absence, avec l’aide de mon ami Rab Tov, j’ai pu me
faire passer pour un fonctionnaire en charge du mur des Lamentations. Il a pris
d’énormes risques. Et ils étaient là, à l’emplacement indiqué. J’ai d’abord
retiré quelques centaines de papiers chiffonnés et noircis de petits caractères
puis je me suis retrouvé juste au-dessous.
— Etaient-ils en bon état ?
— Mieux que cela ! Ils étaient roulés dans une peau de cuir,
bien enfoncés dans un large interstice. J’ai fouillé et ma main a rencontré
quelque chose de froid et dur. Ils étaient hors de vue pour quiconque s’y
serait aventuré. Il ne m’a pas été difficile de les soustraire et de les
cacher.
— Dire qu’ils étaient là, à trois mètres du sol, depuis plus de cent
cinquante ans ! C’est formidable, Eléas. Je peux les voir ?
John Paterson avait trépigné d’impatience comme un jeune
gosse face à une sucette. Le professeur Stern s’était alors dirigé vers un
tableau bon marché dépeignant Jérusalem vue du mont Sion. Il l’avait déplacé et
tapoté une série de chiffres sur un clavier. Un coffre dissimulé dans le mur
s’était ouvert.
John Paterson s’était rapproché et avait contemplé l’épais
rouleau de cuir.
— Vous l’avez déchiffré ? avait-t-il demandé nerveusement.
— Oui, avait souri Eléas Stern. Il est écrit en grec ancien. De
petites parties sont endommagées, mais rien d’irréversible. Depuis tout ce temps,
il n’a rien perdu de sa beauté. Mais nous ne pouvons prendre le risque de
rester ici. Le Vatican est certainement sur nos traces. Rappelez-vous les
paroles de Kani. Si notre découverte venait à être connue, nous ne serions plus
en sûreté. D’ailleurs, dans aucun des pays du Proche et Moyen-Orient.
— Et peut-être plus, avait rajouté John Paterson d’un air grave.
Mais le contenu est-il si subversif que cela ?
— Oui.
— Mais nous ne pouvons pas garder le secret. Nous sommes des
scientifiques Eléas ! Et tôt ou tard nous devrons divulguer l’information.
Nul n’a le droit, comme ce fut le cas par le passé, de taire une information
capitale concernant l’origine du Christianisme.
Le professeur Stern s’était alors retourné vers
Paterson et avait précautionneusement retiré le rouleau de cuir de sa prison de
métal. Le professeur Paterson avait pu enfin contempler ce qu’il avait tant
espéré. Il avait chaussé ses lunettes de cordonnier. Ses mains vieillissantes
avaient tremblé de bonheur.
Puis il y avait eu un premier coup sourd,
sournois. Les belles lettres étaient devenues floues, comme si son regard les
avait offusquées. Elles avaient semblé se décoller du support, fuir, pour
empêcher que l’esprit de l’homme ne les pervertisse. Le sacré ne voulait pas
dialoguer avec le profane.
Oppression, douleur, sueurs froides, sentiment
d’abandon.
Le Professeur Paterson avait alors basculé sur
le côté et s’était effondré à terre, le souffle rauque. Il se souvenait encore
d’Eléas Stern qui s’était précipité au devant de lui, abandonnant les précieux
rouleaux. Il lui avait soulevé la tête, l’avait caressé, réconforté. John
Paterson avait pensé que sa fin était venue. Si près du but. Puis il avait
murmuré à Eléas : « … il faut continuer, Eléas… le monde doit… savoir. ».
Mais il avait juste eu le temps d’entendre le professeur lui répondre : « Pas
maintenant, professeur, pas maintenant. Je ne vous ai pas tout dit. »
Le pont de Brooklyn était le pont suspendu le
plus long du monde à la date de sa construction en 1883, et de ce fait considéré
comme sa huitième merveille. De longs câbles d’acier et des étais se
déployaient en éventail depuis les tours jusqu’aux tabliers, plus bas. John
Paterson s’engagea au cœur de l’ouvrage au volant de sa Bentley.
« Je ne vous ai pas tout dit. » La
phrase résonnait encore à ses oreilles lors de son réveil au Bikur Cholem
Hospital. Il avait été rapatrié dès le lendemain au CMTC[3]
de New York dans la foulée. Par sécurité. Son second réveil fut accompagné du
son tonitruant de Broadway Avenue. Il cherchait à joindre le professeur Stern
depuis plus d’une semaine. Son téléphone cellulaire ne répondait pas et la
réception de son hôtel n’avait pu lui donner aucun renseignement.
Il espérait qu’il avait trouvé refuge dans un
lieu approprié et qu’il ne tarderait plus à prendre contact. Il connaissait
parfaitement le Moyen-Orient et y avait de nombreux amis. À moins qu’il ne soit
retourné auprès de la tribu des Ta’amré ? Ils étaient les derniers
descendants à suivre le mode de vie nomade. Les autres avaient cessé leurs
errances et s’étaient installés dans des lotissements de maisons basses en
pierre dans la banlieue sud-ouest de Bethléem. D’ailleurs, si l’on en croyait
les railleries méprisantes des gens, chacune des maisons les plus grandes des
Ta’amré représentait le produit de la vente d’un rouleau d’écriture.
« Shapira… » marmonna Paterson, alors
que son véhicule avançait au pas sur le pont de Brooklyn. Si Eléas et lui ne
s’étaient pas rendus dans cette vieille maison de pierre à Bethléem, que ce
serait-il bien passé ? Rien ! Ils n’auraient rien trouvé. Ils
seraient encore tous deux là-bas et non pas au cœur de l’hiver New-Yorkais. Du
moins, pour sa part.
Contrairement à l’histoire officielle, les
Ta’amré n’étaient pas des idéalistes paissant avec leurs chèvres et découvrant
au gré de leurs pérégrinations poteries, jarres et manuscrits. Ils étaient des
entrepreneurs qui, avec le temps, s’étaient révélés habiles et audacieux dans
leur quête d’objets anciens au creux des ravines et dans les grottes de la
région de la mer Morte. Ils employaient des techniques assez systématiques
d’exploration pour leur propre compte. Techniques qui n’étaient pas très
éloignées des critères matériels des archéologues de formation universitaire de
la fin du dix-neuvième siècle. Et le professeur Stern avait découvert que
Wilhelm Shapira était venu leur acheter un nombre bien plus important de
manuscrits que l’histoire voulait bien le dire.
Eléas avait voulu interroger la tribu sur la
vente des rouleaux à Wilhelm Shapira. Mais cela remontait au dix-neuvième
siècle ! Il désirait connaître le nombre de rouleaux qui lui avaient été
cédés et le lieu exact de la découverte. Le mode de transmission du savoir
était encore oral dans cette tribu, mais il supposait que l’histoire marquante
de Shapira était encore présente dans leurs récits. Peu de temps avant que Wilhelm
Shapira n’entre en scène, des ouvriers juifs d’une carrière de potasse
s’étaient vu proposer des pièces de monnaies anciennes par les Ta’amré. Et
contre quelques émoluments, les Ta’amré leur auraient même fait visiter des
grottes qui contenaient « des livres du temps de leurs rois. »
Parterson se souvint du vieil homme à la peau
tannée et parcheminée, et aux cheveux gris à moitié cachés par un turban qui
les avait reçus lorsqu’ils étaient sur les traces de Wilhelm Shapira.
— Où peut-on trouver la tribu, celle qui campe dans le
désert ? avait demandé Eléas en arabe.
Le vieil homme les avait longuement considérés.
Au bout d’un instant, ses petits yeux noirs et perçants avaient légèrement obliqué.
— Que leur voulez-vous ? avait-il répondu.
Paterson avait expliqué qu’ils souhaitaient
s’entretenir avec eux à propos des grottes et des manuscrits qu’ils y avaient
trouvés, il y avait fort longtemps.
Le vieux avait paru comprendre ce que Paterson
lui demandait.
« Allez voir Kani, avait-il répondu.
— Et où peut-on le trouver ? avait demandé Paterson »
Le vieux avait fait un large geste du bras, leur signifiant
ainsi l’étendue du désert comme lieu de recherche.
Pour qui n’a jamais quitté la clameur des villes, le
silence du désert est effrayant. On peut y parcourir des kilomètres sans
rencontrer un seul être vivant. Tout était parfaitement calme, comme si Dieu y
avait condensé tout le silence. Le vide.
Ils avaient mis deux jours pour trouver trace du campement
de la tribu. C’était un jeune guide touristique arabe qui les avait mis sur la
piste. Les tentes noires étaient rangées selon une longue ligne, face au
sud-ouest. La chaleur montante du désert était étouffante. Ces toiles
représentaient l’unique refuge dans cette immensité désolée. Les bédouins ne
refusaient jamais l’hospitalité. Leur hôte d’un jour, d’une nuit, était traité
avec le plus grand des égards.
Lorsqu’ils se furent restaurés et installés, Eléas et lui avaient
demandé à voir Kani. L’odeur du thé et du café mélangé, embaumant l’espace de
la tente, revint aux narines de Paterson, toujours installé confortablement sur
son siège de voiture.
Un
homme d’âge mûr, assez grand, était venu s’asseoir à côté d’eux. C’était Kani.
Il leur raconta que son arrière-grand-père, Guémiel, faisait paître son
troupeau près du wadi lorsque le ciel
s’était chargé soudain de nuages noirs et qu’un violent orage avait éclaté.
« Guémiel
était parti se réfugier dans les falaises escarpées dominant le wadi. Là, il avait découvert le corps
d’un homme. Il n’en n’avait jamais vu de ce genre, avec une longue robe noire
et une barbe blanche mal taillée. L’homme avait une grosse entaille derrière la
nuque. Selon lui, il avait fait une mauvaise chute. Guémiel s’était demandé ce
qu’un homme pouvait bien venir faire dans ces falaises. C’est alors qu’il avait
aperçu, à quelques mètres de l’inconnu, un étrange objet qu’il n’avait encore
jamais vu. Il l’avait ramené au camp et caché.
Quelques jours plus tard, sa curiosité l’avait poussé loin
du campement. Il ne franchissait que rarement les limites du désert. Il s’était
retrouvé dans le souk de Jérusalem. Un de ses cousins y venait régulièrement
pour vendre des tapis et il avait entendu dire qu’ici tout se vendait. Un homme
lui avait adressé la parole afin de savoir ce qu’il cherchait. Guémiel avait
alors parlé d’un objet à vendre. « D’où le tiens-tu ? » lui avait
demandé l’homme intéressé. « Et combien en veux-tu ? ». À cette
question, Guémiel n’avait su que répondre. Il n’avait pas idée de la valeur de
l’objet. Alors il mentit et dit qu’il en avait beaucoup d’autres. L’homme, qui
voulait les voir tous, lui dit qu’il lui en donnerait un très bon prix. » Lorsqu’il
revint sur le lieu de sa découverte le lendemain, le corps était toujours là,
horriblement mutilé. La grotte abritait des jarres qui renfermaient bien
d’autres objets du même type que celui qu’il avait découvert à côté du corps.
C’était la fin de l’été, les hommes et les animaux de sa
tribu avaient besoin de boire. Les bergers scrutaient le ciel avec l’espoir d’y
voir apparaître des nuages. Or, cette nuit là, ils virent se profiler de grands
éclairs. Aussitôt, on envoya des hommes pour voir où la pluie était tombée.
Trois jours plus tard, ils revinrent et indiquèrent la direction. La tribu leva
le camp et se mit en route. Entre temps, Guémiel avait honoré sa parole et rapporté
à l’homme d’autres manuscrits en échange de plus d’argent que sa tribu toute
entière n’en avait jamais possédé. Cependant, l’homme en demanda encore plus à Guémiel.
Alors que sa tribu plantait à nouveau les tentes, le soir même, un violent
orage éclata, déversant une pluie d’abord fine et froide, puis de plus en plus forte.
Le tonnerre gronda à soulever les âmes. Alors les hommes et les femmes se
précipitèrent dehors pour recueillir la pluie dans des récipients, des
casseroles et tout ce qui se trouvait rond et creux. Quant ils eurent rempli
leurs outres à ras bord, ils s‘assirent sous la pluie battante, chantèrent des
louanges à Allah, bon et miséricordieux. Puis les hommes allèrent réveiller les
chameaux et leur firent boire des litres d’eau dans la mer saumâtre qui
entourait le camp. Le même jour, alors que tous préparaient un repas de fête,
trois hommes se présentèrent. Ils demandèrent s’il se trouvait quelqu’un qui
avait découvert d’étranges objets dans des grottes. Le chef de la tribu répondit
qu’il n’avait jamais entendu parler de cette découverte et les trois hommes
repartirent. Dans l’après-midi, un vent sourd se leva. Une tempête de sable
s’empara du désert, véritable marée ocre et brune. Il s’avéra qu’on dut allumer
les lampes à l’intérieur des tentes, protéger la nourriture, les enfants, les
habits et les figures. Durant des heures, personne ne sortit. Lorsqu’elle eut
cessé, la mer de pluie n’existait plus. Le cheikh demanda alors qui avait bien
pu offenser Dieu pour qu’Il les punisse de la sorte ? ». Guémiel, qui
avait révélé son secret, dut quitter le campement à l’aube du jour suivant. On n’entendit
plus jamais parler de lui. Mais une légende affirme qu’il avait fait fortune de
l’autre côté du fleuve Jourdain. »
« Et qu’est devenu l’homme auquel Guémiel avait vendu
les manuscrits ? » avait demandé Paterson.
— Et surtout combien en avait-il vendu ? avait surenchéri Eléas.
— Je ne sais pas ! s’était exclamé Kani. J’ai répondu la même
chose à l’autre. »
Un nouveau pic à la poitrine ! Paterson eut peur que
son cœur ne lui refasse des siennes en voiture. Il ouvrit un peu la fenêtre,
laissant l’air frais pénétrer l’habitacle. Il n’aurait jamais dû courir autant.
« Quel autre ? » s’était insurgé Elea en
s’adressant au vieux Kani.
— Un homme de foi. Il est venu il y a une semaine.
— Que voulait-il savoir ?
— Combien de manuscrits avait vendu Guémiel.
— Et tu ne sais vraiment pas ?
Kani avait secoué la tête. Puis il s’était ravisé.
— Tout ce que je sais, c’est que l’homme en a récupéré d’autres,
après le départ de Guémiel.
— Tu en es sûr ? l’avait interrogé le professeur Paterson.
— Oui. Guémiel lui avait révélé l’endroit, sans le vouloir, en lui
parlant du wadi Qumran... Il a payé
des membres de la tribu des Kachouri pour surveiller l’accès de la grotte.
— Et tu l’as dit à l’homme de foi ?
— Non.
— Pourquoi ?
— Parce qu’il est mauvais.
Les deux professeurs avaient ruminé les propos de Kani,
après son départ. Assis dans un coin de la tente principale, Eléas avait le
premier rompu le silence :
— Qu’a bien pu faire Shapira de tous les autres manuscrits ? avait-il
dit en regardant une pâte de riz fumante.
— J’ai bien peur qu’on ne le sache jamais. Peut-être a-t-il craché
le morceau afin de sauver les plus importants.
— Peu probable, John. Un homme sous la torture avoue tout ou ne
dit rien. Il ne fait plus la part des choses.
— Vous avez raison. Les manuscrits devaient être bigrement
importants pour qu’il subisse pareille torture sans parler. Cet homme était un
saint. Il est mort pour que l’histoire ne s’arrête pas.
— Et pour que le voile soit enfin levé.
Oui, que le voile soit enfin levé. Ce furent les dernières
pensées de John Paterson avant qu’il ne réponde machinalement au téléphone et
que sa voiture n’explose dans un enfer de métal et de verres fondus.
2
Tod Kennedy était coincé dans les
embouteillages à l’encoignure de Lafayette Street et de Canal Street. Cela
faisait plus d’une demi-heure qu’il n’avait pas avancé d’un mètre. Un
brouillard épais émis par les gaz d’échappements enveloppait le pâté de maison
et les piétons s’emmitouflaient dans leur écharpe au contact du gaz carbonique.
Il entendait au loin, en direction du pont de Brooklyn, un concert de sirènes, comme
un rap entêtant. De nombreux automobilistes arpentaient le macadam,
gesticulant, beuglant, métamorphosés en victimes expiatoires d’un ennemi
invisible et indivisible, le temps. Tous les New-yorkais couraient après lui,
du lundi au vendredi, de janvier à décembre et d’une année à l’autre. Dans
cette mégapole à taille inhumaine, il était le facteur principal des
pathologies. Tod avait écrit un article le mois dernier sur cette constante
universelle qui règle la vie de
la Cité
et de ses citoyens. Au terme d’un mois d’enquête, il s’était
résolu à ne plus le provoquer et à accepter son rythme, son invariable
constance. Il s’était aperçu de l’ineptie de croire que l’on pouvait gagner du
temps. C’était un concept purement humain, car l’on ne pouvait tout bonnement
ni en perdre ni en gagner. Interrogeant un scientifique sur la naissance du
temps et sur sa nature, il avait compris que les hommes se donnent une image du
temps qui n’est pas le temps. « Toutefois, avait ajouté le savant, la
découverte d’Edwin Hubble, dans les années vingt, semble nous indiquer où en
trouver la clé. Dans son berceau, le Big Bang, puisque le temps n’a pu naître
qu’après le Big Bang, quand la matière et l’énergie ont commencé à en
fabriquer. » La matière et l’énergie vibrante de son téléphone cellulaire
ramenèrent Tod à un sujet beaucoup plus terre à terre. Il décrocha. C’était la
voix éraillée de Lébovic.
— Mais qu’est-ce que vous foutez, Tod ?
Oscar Lébovic était visiblement au bord de l’apoplexie.
— J’égrène les minutes en pensant à l’origine de l’humanité,
répondit-il, avec un flegme tout britannique.
— Vous plaisantez !!! hurla la voix de plus belle. Ramenez vos
fesses à la salle de rédaction et plus vite que ça.
— Je pare au plus pressé, Oscar. Seulement, je suis coincé vers le
Municipal Building. Le pont de Brooklyn a l’air d’être totalement fermé et les
voitures refluent, affluent… Savez-vous ce qu’il se passe ?
— Vous n’écoutez donc jamais la radio ?
Lébovic raccrocha.
Tod avait compris que l’infiniment grave n’était
pas son retard, mais un fait qui venait de se produire. Lébovic était, pour sûr,
un homme caractériel, rustre, qui ne se cachait pas derrière les apparences. «
Les apparences ne sont pas trompeuses », avait-il coutume de dire. « Elles ne
sont que le prisme d’une réalité. Et le travail du journaliste est de traquer
toutes les couleurs du prisme, de les passer au crible de la raison pure et
d’en retirer la substantifique moelle, si chère à Rabelais. »
Tod gara sa voiture à quelques pâtés de maison
de Times Square, dans un parking privé dont la location lui coûtait la modeste
somme de deux cents dollars. Il était neuf heures trente lorsqu’il parvint
devant la façade de l’immeuble abritant les bureaux du journal. Un peu plus
haut, au quatre Times Square sur la quarante-troisième rue, trônait le plus
grand affichage à LED du monde. Comme tous les matins et comme tous les
new-yorkais, il se retourna, leva la tête et constata que le NASDAQ était en
hausse de plus trois pourcent. Un fait notable compte tenu de la crise
constante depuis 2008.
Nulle trace d’une agitation nocturne effrénée
ne subsistait. Times Square avait laissé ses habits de débauche pour se vêtir
d’un costume trois pièces de mise.
La salle de rédaction fourmillait. Les
téléphones, les ordinateurs, les gens, tout bougeait dans un ordre établi. Les
ouvrières s’affairaient, les guerrières veillaient et la reine trônait derrière
sa cage de verre, à l’autre extrémité. Les rideaux baissés ne laissaient pas
présager un somme matinal, mais plutôt une somme d’emmerdements. Tod s’approcha
et perçut un bruit de voix. Celle de Lébovic était reconnaissable parmi mille
autres. Et en ce début de matinée, il sembla à Tod que cette voix là était sur
une tonalité grave, au sens propre comme au figuré.
Oscar Lébovic était un immigré russe de la
deuxième génération. Son père, Josef Lébovic, avait été un haut gradé militaire
et avait longtemps travaillé dans les cercles restreints de l’appareil russe
sous Kroutchev. Il avait espéré que la dictature stalinienne autoritaire serait
remplacée par le modèle socialiste proposé par Karl Marx. Mais lorsque
Kroutchev avait décidé d’implanter à Cuba des missiles à tête nucléaire,
mettant à portée de tir les côtes américaines par représailles à l’embargo
imposé par J.F. Kennedy et son débarquement d’immigrants anti-castristes, il avait
alors compris que rien ne changerait jamais en Russie. Il avait basculé dans la
dissidence. Cet acte de trahison avait scellé son destin et il fut arrêté puis
emprisonné à vie. Il eut juste le temps de préparer la fuite de sa femme et de
son fils, Oscar.
Le souvenir lointain de son père agonisant dans
une cellule pour un idéal meilleur avait profondément marqué Oscar Lébovic. Et
il avait passé sa vie à traquer la vérité. Pour lui, la démocratie ne
représentait pas le meilleur des systèmes, mais le moins pire. Il en avait pris
conscience dans le fourmillement des affaires détestables qui avaient miné
l’histoire des Etats-Unis d’Amérique. Il avait glané le prix Pulitzer en 1986.
En poste à Tel-Aviv, il avait été alerté par un indic au mois de Novembre 1985
que des ventes d’armes allaient être effectuées contre la libération des otages
américains de Beyrouth. Son reportage et son enquête furent les détonateurs
d’un des plus gros scandales, celui de l’Irangate. Le président Reagan, lors
d’une rencontre privée, l’avait menacé s’il continuait à affirmer qu’il avait
donné son aval pour cette transaction. Elle était en violation sur
l’interdiction du Congrès sur toute aide à des contrats d’armes. Cet acte avait
provoqué une onde sismique dans le milieu du journalisme. Toute la rédaction du
New York Times, du pigiste jusqu’au rédacteur en chef, avait offert un soutien
inconditionnel à Lébovic. Lassé par des années de terrain et diminué par une
vilaine blessure contractée en Afghanistan, il s’était résolu à se sédentariser.
Il avait alors accepté ce poste de rédacteur en chef. Depuis, il veillait sur
ses journalistes par-delà sa cage de verre qui lui servait d’observatoire.
Tod sentit une petite raideur derrière la
nuque. Pourvu que les Twin Towers ne me tombent pas sur la tête, ironisa-t-il.
Oscar Lébovic était assis derrière son bureau, l’air affamé. Ses yeux à demi
clos semblaient chercher une proie facile. Un imperceptible balancement de tête
laissait transparaître une nervosité contenue, mais bien réelle pour qui le
connaissait. Son regard s’attarda une microseconde sur Tod et il lui sembla que
sa bouche esquissait un léger sourire. Satisfaction de voir l’être tant attendu
ou rictus forcé de contenance ? Tod, de manière inconsciente, se plaça
dans le rôle du mauvais élève rompu à recevoir la vindicte d’un proviseur
tyran.
De l’autre côté du bureau de Lébovic se tenait
un homme debout, à la manière d’un garde princier. Il approchait la cinquantaine
et son crâne dégarni luisait sous les puissantes lampes halogènes. Costume
trois pièces de teinte sombre, cravate de soie mal assortie, air hautain
respirant la suffisance. Nul besoin de présentation pour savoir à quoi il
s’occupait. Les plus mauvaises séries B n’auraient pas mieux fait dans le
stéréotype. Lébovic fit tout de même les présentations.
Tod, voici l’agent spécial Adam Garber,
de
la CIA. Il
a tenu tout spécialement à venir vous rendre une petite visite.
La CIA
? Mais que venait
faire
la CIA
au
siège du New York Times ? Tod sentit sa nuque se raidir un peu plus.
L’agent Garber émit un ronflement rauque, signe
évident qu’il s’apprêtait à parler.
— Monsieur Kennedy, le nom de Paterson, John Paterson, vous dit-il
quelque chose ?
Son estomac se souleva. Si ça lui disait
quelque chose ? John Paterson. Professeur John Paterson ! Il lui
sembla que son visage se décomposait. John Paterson avait été un des premiers
membres de l’équipe internationale en charge d’étudier les manuscrits de la mer
Morte. Le professeur Paterson était un être attachant sous bien des aspects.
D’abord, sa bouille ronde clairsemée de poils blancs invitait à la sympathie.
Sa voix suave, intemporelle, posée et enjôleuse vous rendait placide, proche
d’un état hypnotique. Vous vous laissiez bercer par un puits de paroles à débit
lent, entrecoupées de silences et de gestes calculés, le tout dans une bonhomie
et le respect de l’autre. Mais le plus marquant était son amour inconditionnel,
indivisible, pour son métier, sa passion. Sa vie. Il en parlait de manière
simple, avec des mots simples. Et ces dernières années vécues dans l’opprobre
et l’indifférence générale de ses pairs n’avaient en rien entaché cette faculté
d’âme.
L’agent Garber froissa son gobelet de café vide
et le déposa de manière chirurgicale dans la corbeille avec ses congénères.
— Oui ! On dirait que cela vous dit quelque chose, effectivement.
Je n’ai pas besoin de vous rappeler le reportage que vous aviez effectué sur
lui il y a ….
Il ménagea une pause théâtrale piteuse.
— …Il y a quatre ans, poursuivit-il d’un air goguenard. Je ne vous
cache pas que sa mort rocambolesque laissera à jamais une empreinte indélébile
sur le pont de Brooklyn. On peut dire que ce cher professeur ne fait pas les
choses à moitié.
Tod se sentit devenir livide. Le professeur
mort ! Mais comment ?
Lébovic lut et devança son interrogation.
— Sa voiture a explosé sur le pont de Brooklyn il y a une heure,
creusant un cratère de trois mètres sur cinq. Il n’avait aucune chance de s’en
sortir.
— La charge était de forte puissance, ajouta l’agent Garber.
Probablement posée sous la structure de la voiture. Nous n’avons pas encore les
premiers éléments de l’enquête, mais ils ne tarderont plus. Du travail de
professionnel. L’explosion a vraisemblablement été déclenchée par un téléphone
cellulaire.
Tod comprenait maintenant tout ce charivari.
Mais il ne voyait pas ce que
la CIA
venait faire là-dedans. Elle était chargée des opérations
à l’extérieur du pays et de la récolte du renseignement. Tout ce qui se passait
sur le territoire américain était du ressort du FBI.
— J’aimerais en savoir un peu plus sur ce que le professeur
Paterson vous a confié lors de la série d’entretiens que vous avez eus,
reprit-il.
Tod jeta un bref coup d’œil vers Lébovic, qui
lui fit signe de répondre.
— Tout était dans mon article, répondit Tod. Ne l’avez-vous pas lu
?
Lébovic gloussa. L’impertinence de Tod
visiblement l’amusait.
— Monsieur Kennedy, je n’ai pas fait le déplacement pour entendre
des fadaises. Je vais aller droit au but.
Tod et Lébovic échangèrent un regard de
connivence. Aucun agent secret au monde ne pouvait prétendre à une crédibilité
dans le vaste champ de la sincérité. Le ton montait d’un cran et ce n’était pas
pour déplaire à Lébovic. Il n’était jamais aussi à l’aise que dans ce genre de
situation.
— Poursuivez donc, monsieur Garber, dit-il d’un air faussement
détaché.
— Bien. Nous suivions, ou si vous préférez, nous surveillions le
professeur Paterson depuis quelques temps déjà. Ses nombreux allers et retours
entre l'état Hébreu et les Etats-Unis ne sont pas passés inaperçus et nos
services de sécurité en ont été alertés.
— Quoi de plus normal pour un chercheur ! fit Tod
Garber réfléchit. Tod et Lébovic attendirent.
Il secoua légèrement la tête et sortit de sa serviette une liasse de papier. Il
la déposa sur le bureau de Lébovic et continua.
— Le professeur, au début en tout cas, n'a pas fait l'objet d'une
surveillance active. Seulement, un de nos agents en poste à Jérusalem nous a
fait parvenir un rapport qui justifiait, comment dire, une surveillance plus
accrue. Ce rapport évoquait de fréquents contacts avec un certain Abou Kabir,
ressortissant de nationalité égyptienne. Cet Abou Kabir tient une boutique dans
le quartier des souks de Jérusalem. Rien de bien transcendant jusque là. Pas
besoin d'alerter le Conseiller à
la Sécurité
pour
la Maison Blanche.
Sauf que Kabir est un des
lieutenants de Moussaf Zaoui, leader d'une des mouvances islamistes les plus
dures d'Egypte, émanation des Frères Musulmans. Apparemment il nourrissait une
relation, sinon une amitié feutrée, avec le professeur. Un compte spécial au
nom de ce dernier a été ouvert en Suisse et s'est vu adjoindre la modeste somme
de deux millions de dollars.
Il s’arrêta pour permettre aux deux journalistes
d’enregistrer les informations.
— Quoi de plus banal pour un arabophone que d'entretenir des
relations avec des arabes ! fit Tod qui commençait à s'ennuyer ferme. Il ne
voyait pas du tout où Garber voulait en venir.
Garber vit que son consistoire décrochait. Il
déposa le colis.
— Autre précision, ajouta l’agent avec délectation. Kabir avait
semble-t-il été mandaté pour réorganiser la branche activiste des Frères dans
la bande de Gaza. Branche se faisant appeler les Jeunesses Musulmanes. Nous
savons qu’il a quitté le Pakistan il y a quelques mois pour Israël.
Tod accusa le coup. Le visage de Lébovic avait
retrouvé des couleurs. Il flairait le bon coup journalistique et ne tarderait
certainement pas à demander l'exclusivité sur cette nouvelle affaire.
— Je ne comprends pas, s’inquiéta Tod. Vous accusez le professeur
Paterson de quoi au juste ? De compromission avec l'ennemi ? De vente
d'informations top secrètes ?
— L’association des Frères Musulmans ou Jamâ at al ikhwân al-muslimîn a été fondée par un instituteur,
Hassan al Banna, en 1927. Plutôt que de recruter des adeptes parmi les
nombreuses confréries existantes de l’époque, il recrutait parmi des cadres
moyens urbanisés et scolarisés. Lors de sa mort, en 1949, l’association fut
dissoute. Je ne vous apprendrai rien en vous disant que Nasser et Sadate
entretenaient des relations de jeunesses intéressées, voire amicales
politiquement parlant, avec la confrérie.
— Le putsch des officiers libres, intervint Lébovic. Il permit à Nasser
d’accéder au pouvoir.
Tod écoutait, placide. Il attendait le
dénouement de l’histoire. Mais celle-ci prenait un tournant qui ne lui plaisait
guère.
— Tout à fait, Monsieur Lébovic. Et c’est précisément le vingt-trois
juillet 1952 qu’eut lieu le coup d’état et par la suite la mise au banc de la
société égyptienne des Frères Musulmans. Elle fut réhabilitée deux ans après en
caressant secrètement l’espoir de mettre en place un état islamiste. Seulement
Nasser, bien que recherchant le soutien de la confrérie, n’était pas prêt à
faire toutes les concessions. Conscient du danger que représentaient ces
fanatiques, il leur refusait le droit de contrôle et de veto que ceux-ci
réclamaient sur les décisions du gouvernement.
— Mais que vient faire le professeur Paterson là-dedans ? Quel
lien existe-t-il entre lui et la confrérie ? Si je ne m’abuse, elle n’est
plus très active de nos jours, non ? Je ne vous suis pas, là.
Tod avait haussé le ton sans s’en apercevoir.
La mine plombée de Garber vira au gris pâle et ses yeux se fermèrent. Ne se
départant pas de son calme, il fixa Tod et ce regard valait tous les
avertissements du monde. Visiblement, Garber n’aimait pas être interrompu. Tod
en prit bonne note. Il aimait étaler sa science ? Qu’il l’étale !
Garber continua son exposé.
— En l’espace d’une douzaine d’années, de 1954 à 1966, en réponse
à l’accord signé avec l’Angleterre cette même année, une vague de répression et
d’arrestations se termina par plus de quarante mille personnes emprisonnées.
— Vous comptez nous faire un séminaire ? Où voulez-vous en
venir, grogna Lébovic bien calé au fond de son fauteuil.
— Les Frères Musulmans ont pratiquement anéanti leur organisation
en Egypte ! La secte a eu le temps d’essaimer un peu partout dans les pays
arabes. Et c’est là qu’entre en scène votre ami le professeur Paterson. En
d’autres lieux et en d’autres temps, cette situation ne nous aurait pas
alertés, vous comprenez ? Nous pensons qu’il était en relation avec les
Jeunesses Musulmanes depuis plusieurs mois. Alors je repose ma question :
que savez-vous sur lui exactement, monsieur Kennedy ?
Tod parut surpris. L’agent Garber avait récité
de manière magistrale son laïus, mais passé volontairement sous silence l’exact
rôle joué par le professeur. D’ailleurs il n’avait rien appris si ce n’était
une collusion entre lui et ce fameux Kabir. Que voulait-il au juste ? Savoir si
le professeur lui avait révélé des secrets sur une prochaine attaque terroriste
sur le sol américain ? Bon sang ! Le professeur Paterson n’avait rien d’un
kamikaze d’Allah ni d’ailleurs d’un leader islamiste. Au pire aurait-il tué un
ver de terre par un coup de pioche malencontreux qu’il aurait fait acte de contrition
pendant une semaine.
Lébovic l’interrompit dans sa réflexion.
— Allez, Bon Dieu, Tod, dites quelque chose.
Lébovic et Garber s’impatientaient. Tod prit
une profonde inspiration et sous leurs regards inquisiteurs s’élança.
— Il avait travaillé sous la direction du Père archéologue Roland
Guérin de Vaux. Il avait été plus particulièrement missionné pour déchiffrer
les manuscrits référencés sous différents codes et devant faire partie, plus
tard, du Livre des Géants. Ce sont ces différents fragments qui avaient été
retrouvés dans les grottes 1, 2, 4 et 6 de Kirbet Qumran. À l’époque de nos
entretiens, le professeur vivait une phase difficile. Son livre discréditant
les thèses officielles sur l’origine et le sens des manuscrits de la mer Morte
avait été mis en pièces par l’intelligentsia scientifique.
— Mais que lui reprochait-on, au juste, demanda Garber ?
— Une approche irrationnelle, répondit Tod, évasif.
Garber fit une moue dubitative.
— Pour lui, poursuivit le journaliste, l’équipe scientifique en
charge d’étudier les manuscrits avait par trop systématisé. En ce sens, il
reprochait à l’équipe de chercheurs de n’avoir perçu ces manuscrits qu’à
travers le prisme chrétien. Notamment à cause de De Vaux. Mais le plus
intéressant dans son livre, continua Tod, c’est qu’il accusait certains membres
influents de l’équipe d’avoir dissimulé des manuscrits. Pour étayer ses dires,
il me confia s’en être aperçu lorsqu’une deuxième codification vint compléter
la première, trop imparfaite. C’est alors qu’il se rendit compte du subterfuge.
Tod remarqua que le visage de Garber
s’illuminait. Lébovic s’en était aussi aperçu. Il jetait dans sa direction
d’incessants coups d’oeil afin de vérifier l’impact des dires de Tod.
Garber compulsa pour la première fois les
feuilles qu’il avait déposées sur le bureau de Lébovic. Tod remarqua qu’elles
étaient manuscrites et non dactylographiées. L’écriture était sèche et les
cursives peu prononcées. Garber devait être un analyste, certainement versé
dans les épineux problèmes du Proche et Moyen-Orient, un très bon analyste.
— Et vous a-t-il parlé de ces fameux manuscrits manquants?
— Il les a évoqués, oui.
— Je veux dire, avait-il une idée de leur contenu ?
— Il n’a rien dit à ce sujet. Pour lui ils auraient apporté une
lumière nouvelle sur la naissance du judéo-christianisme. Lumière qui générait apparemment
trop d’ombre.
— Et c’est tout ?
La question tomba comme un couperet.
L’atmosphère changea imperceptiblement. Garber avait repris son air fade
froissé de suffisance. Une attaque de front se dessinait.
— Qu’insinuez-vous ? lança Lébovic en se levant.
— Simplement que monsieur Kennedy fait de la rétention
d’information. J’ai ici des relevés de conversations téléphoniques entre
monsieur Kennedy et le professeur datant d’il y a trois mois.
Garber agita sous le nez d’un Lébovic ahuri les
relevés. Tod fulminait.
— De quel droit vous….
— Fermez-la, Tod ! gronda Lébovic. C’est quoi ce bordel ?
Garber affichait un sourire narquois. Il buvait
du petit lait.
— Voyez-vous, monsieur Lébovic, votre petit protégé n’a cessé d’être
en contact avec le professeur ces quatre dernières années. Visiblement, il
tient à protéger sa source. Sauf que celle-ci est morte. Alors, maintenant,
peut-être pourrait-il parler ?
Tod était aux abois. Ces salauds de
la CIA
avaient mis sur écoute le professeur
Paterson. Lébovic ne tenait plus en place. Son regard féroce n’était plus
qu’une façade laissant place à un profond désarroi.
— Je ne peux rien vous apprendre de plus. Et si tel était le cas,
je me retrancherais derrière le secret de la source.
— Le problème, intervint Garber, c’est que nous pensons que vous
détenez d’autres informations que celles dont vous avez fait état dans votre
article. Et ces informations pourraient devenir capitales au stade de notre
enquête. Voyez-vous, le professeur Paterson vient d’être assassiné. Et ce
pourrait bien être votre tour. Ces tueurs là n’ont aucun état d’âme. Et un
petit journaliste de plus ou de moins…
— Ne déconnez pas, hurla Lébovic. Vous allez trop loin dans
l’intimidation. Tod a certes commis une faute professionnelle mais n’allez pas
jusqu’à lui faire porter la responsabilité de la mort de ce John Paterson. Et
encore moins l’échec ou la réussite de votre enquête. Après tout c’est vous les
As du renseignement. N’inversez pas les rôles.
Il y eut un long silence pendant lequel quatre
yeux se braquèrent sur Tod. Un silence qui pesait aussi lourd que la mort du
professeur avec son secret. Tod avait la bouche tellement sèche qu’il crut ne
pas pouvoir l’ouvrir.
— Je suis désolé. Mais le professeur était un type formidable.
Rien de ce que vous avez mentionné ne lui ressemble. Il effectuait bien des
recherches sur ces manuscrits disparus, mais il ne me confiait pas grand chose.
Il cultivait depuis quelques temps l’art du secret. Et il avait certainement de
bonnes raisons pour cela. Quant à mon intégrité physique, monsieur Garber, je
suis assez grand pour veiller sur elle. À moins bien sûr qu’elle ne soit prise en
charge par vos soins, ajouta-t-il. Si ce n’est déjà fait.
Garber vira au rouge et s’avança vers Tod.
— Ça suffit, lança Lébovic en levant les mains en direction de
Tod. Quant à vous, monsieur Garber, je ne vous retiens plus. Vous connaissez la
sortie.
Garber ne mit qu’une minute à ramasser ses
affaires. En franchissant la porte du bureau de Lébovic, il se retourna tout de
même :
— De toute façon, lança-t-il, nous nous reverrons monsieur
Kennedy. Et ne pensez pas vous en sortir comme ça. L’affaire est trop grave.
Vous ne le comprenez peut-être pas encore, mais ses implications sont
nombreuses et tentaculaires. Dommage, ajouta-t-il, en prenant le chemin de la
salle de rédaction.
Tod eut l’impression que cette petite phrase
scellait son arrêt de mort. Un frisson lui parcourut l’échine.
[1] Wadi : oued, cours d'eau parfois asséché ou à fort débit lors de précipitations violentes.
[2] Appelée aussi Al aqsa.
[3] CMTC Colombia Medical Technology Corporation













